rachat d'entreprise

La jeunesse guadeloupéenne face au rachat d’entreprises

La jeunesse guadeloupéenne face au rachat d’entreprises

Le constat initial

Aborder la création/rachat d’entreprise sur un territoire comme celui de la Guadeloupe n’est pas chose aisée. Au-delà des carences de données auxquelles celui-ci est régulièrement confronté, le décryptage se confronte à une configuration spécifique.

En ce qui concerne le volet création d’entreprise, lorsque l’on a baigné depuis sa jeunesse dans le tissu économique local, il en ressort un constat implacable : l’esprit entrepreneurial n’est pas le point fort de la jeunesse guadeloupéenne.

Selon les rares données recensées, l’âge moyen de l’ensemble des employeurs de Guadeloupe à la création d’entreprise est de 38 ans (Insee – SINE 2006).

Un âge moyen tardif qui met en lumière une certaine aversion à la création d’entreprise.
En dessous de cet âge, les jeunes guadeloupéens ambitionnent essentiellement de pourvoir à un poste salarié dans le privé.
Ils affectionnent aussi les emplois dans les collectivités locales ou la fonction publique.
Ce choix s’explique par rapport aux conditions avantageuses offertes aux fonctionnaires grâce aux 40% de vies chères.
Une faible part s’oriente vers l’entrepreneuriat.

En ce sens, la multiplication des manifestations et dispositifs stimulant l’esprit entrepreneurial chez les jeunes est un bon indicateur de ce constat et de la volonté d’y remédier.

La tendance n’est pas différente au sujet du rachat d’entreprise.
Bien au contraire, si les jeunes ne sont pas friands de la création, ils semblent encore moins tournés vers cette option.
Une étude de la « BPCE L’Observatoire » datant de 2014 faisait état de difficultés au niveau des cessions d’entreprise dans les territoires outremer avec un taux de cession de 2,4% en 2012, nettement inférieur au taux national (5,5%).

Vieillissement des dirigeants et conjoncture économique : vers une nouvelle perspective ?   

En dépit de ce constat, il faut voir en l’avenir des perspectives nouvelles.
La tendance semble s’inverser ces dernières années à cause des difficultés, sans cesse croissantes, rencontrées par les jeunes.

Ces derniers représentant la frange la plus touchée par le chômage (41% en 2019, Insee) prennent conscience qu’ils doivent désormais être moins dépendants des emplois salariés sur le marché.

Il en résulte une plus forte volonté à créer son emploi notamment par le biais d’un statut individuel (auto-entrepreneurs, micro-entreprises, etc.).

La progression du niveau de qualification moyen de cette jeune population active favorise cette prise d’initiative.  
Dans une vision plus globale, la récente crise sanitaire n’a pas épargné le tissu économique local.
Ce dernier étant déjà fragilisé à cause de certains facteurs structurels.
Il faut redouter, à moyen/long terme, des défaillances d’entreprises.
Celles-ci laisseraient des places vacantes poussant les nouveaux arrivants, jeunes pour la plupart, à la création d’entreprise mais pas que… 

Conséquence du vieillissement de la population guadeloupéenne, une cohorte de chefs d’entreprise sont en âge de céder.
Par conséquent, ils n’ont plus l’énergie nécessaire pour la gestion quotidienne.
Le management de plus en plus pesant accompagné d’une grande lassitude, ravive les opportunités de cession.

Dans ce contexte, la reprise d’entreprise délaissée à l’heure actuelle, pourrait représenter une option prioritaire à l’avenir.

Les avantages du rachat d’entreprise

Les avantages y seraient nombreux.

  • Gain de temps,
  • Infrastructure existante,
  • Savoir-faire du cédant, et de ses employés,
  • Clientèle constituée et récurrente,
  • Visibilité sur l’avenir en s’appuyant sur les chiffres d’affaires des années précédentes,
  • Obtention du financement plus facile (les banquiers peuvent voir la profitabilité passée)
  • Un concept qui a déjà fait ses preuves.

Tous ces atouts sont d’excellents moyens de réduire la probabilité d’un échec futur.

Au fil des opportunités, les formations et dispositifs se démocratisant, la jeunesse guadeloupéenne pourrait insuffler une nouvelle dimension au rachat d’entreprises.

Maurice Bilionière
Maître de conférence contractuel en économie
Université des Antilles
Pôle Guadeloupe